Deux jeunes ambassadrices, Aurélie Dion et Lorenn Fouquet, racontent avec Valérie Monsch, membre du bureau de l'Unicef France, leur visite du service pédiatrique du Pr. Christie et deux récits de vie d'enfants ayant contracté le VIH.
« Le sida m'a volé mon avenir » : c'est le terrible constat d'un enfant de 9 ans infecté ; après avoir perdu successivement sa mère et son père, il se retrouve seul dans une maison d'accueil spécialisée, il ne va plus à l'école, il se sent perdu. D'après son père, sa mère en l'allaitant lui aurait "transmis la mort au lieu de lui transmettre la vie"... À son arrivée à l'hôpital, il était rachitique, petit et avait des problèmes au niveau du système lymphatique. Cet enfant tellement désorienté a demandé au médecin de l'adopter. Enfant brillant, sa maladie l'a empêché de suivre sa scolarité normalement. Il éprouve le besoin de refaire le dépistage à plusieurs reprises pour briser sa solitude en gardant des contacts avec le personnel hospitalier. Etre adopté n'est pas chose facile, mais lorsque l'on est séropositif c'est impossible ; le sida lui a volé le meilleur de son avenir.
Le Professeur Célia Christie nous accueille dans son service pédiatrique périnatal spécialisé dans les infections du VIH, accompagné de son infirmière en chef, Pauline Palmer. Après ses études de médecine et un diplôme en maladies infectieuses à Yale, le Professeur Christie est arrivée dans cet établissement il y a sept ans.
Depuis 2002, grâce à un financement d'un demi million de dollars de la Fondation Elisabeth Glaser, quatre objectifs ont été définis :
formation du personnel hospitalier spécialisée dans les infections liées à la contraction du VIH ;
prévention de la transmission de la mère à l'enfant (PTME) : conseil, dépistage, traitement... 400 femmes ont été suivies et 380 enfants sont nés depuis la mise en place du projet. De 30% de contamination de la mère à l'enfant, le taux est descendu à 6% grâce à ce programme : traitement antirétroviraux (ARV), césariennes, allaitement artificiel pour prévenir la contamination de l'enfant. 1,8 millions d'habitants vivent à Kingston, la capitale. Quatre cliniques de ce type sont déjà en place. Dans celles-ci, 200 enfants sont actuellement pris en charge.
identification des enfants et des adolescents infectés : test rapide "Elisa", contrôle des CD4, traitement prophylactique des maladies opportunistes (tuberculose, pneumonie...) 90% des enfants infectés sont sous ARV, et grâce à ces traitements, beaucoup moins d'enfants sont hospitalisés.
recherche et documentation à partir de cette expérience menée depuis 4 ans au niveau régional, national et sur l'ensemble de la zone Caraïbes. Un rapport sera d'ailleurs présenté au XVIe Congrès international sur le sida (Toronto, août 2006) sur le travail mené ces trois dernières années.
« J'étais choquée et je ne pouvais plus bouger »
Un chauffeur de taxi n'a pas hésité à abuser sexuellement d'une jeune fille de 14 ans. Par cet acte de violence, il lui a transmis le VIH. Le médecin qui l'a reçue lui a prescrit un traitement préventif contre les MST, mais, malheureusement pour elle, pas contre le sida.
Quelques semaines plus tard les symptômes d'une primo infection se sont déclarés : fièvre, éruption cutanée, douleurs articulaires... Le test la déclare séropositive. Le comportement de sa mère, très inquiète à l'idée de contracter elle-même le VIH, en utilisant notamment les mêmes sanitaires, prouve que l'information est encore mal diffusée et assimilée.
À ce jour, cette jeune fille sous ARV vit chez ses grands parents dans une campagne retirée. Elle n'a pas passé ses examens scolaires, sort peu de chez elle et semble manquer de soutien affectif. Pour elle aussi, vivre avec le sida c'est vivre sans avenir